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30 juin 2008

Les nocturnions, Peuple de la nuit 5

Ils partirent tous en promenade. Le chemin longeait des champs de lin en fleur, on passa devant la ferme. Gaston était à l’étable, la blanche venait de mettre bas, sa femme proposa aux promeneurs de venir voir le nouveau-né. Le veau était d’une blancheur similaire à celle de sa mère. Les enfants étaient ravis de ce spectacle. Elle les conduisit ensuite au pâturage, de nombreux veaux étaient en train de téter leur mère. Les fermiers connaissaient bien leur voisin. Mathilde venait chercher son lait et ses œufs à la ferme. Ils avaient sympathisé et passé quelques soirées ensembles. Gaston avait senti l’attirance que Mathilde avait pour la nature. C’est lui qui l’avait initié au plaisir du potager. Il l’avait aidé à préparer son premier purin. Gaston aurait probablement aimé avoir une fille comme Mathilde mais la vie lui avait donné deux fils comme il disait deux fils partis à la ville. Deux fils qui avait oublié la couleur de la terre, l’odeur de l’herbe, la chaleur d’un rayon de soleil. Il vivait là où le ciment, et le bitume avaient pris la place de la terre, de l’herbe. Un temps, il avait lutté, interdit leur départ, mais finalement le cœur lourd il les avait laissés partir dans le monstre de ciment.

La joyeuse troupe repris le chemin de la maison, seize heure était proche. Quelques papillons les accompagnaient, ils voltigeaient autour d’eux et les enfants couraient, cherchant à en attraper. Mathilde les observait, ses pensées voltigeaient avec les papillons. Dans ses yeux, on pouvait lire son plaisir. Pour elle rien n’était plus doux que le rire d’un bambin.

Lorsqu’ils franchirent la barrière le livreur n’était pas encore là. Le temps de l’attente sembla interminable.

26 juin 2008

Les nocturnions, Peuple de la nuit 4

Mathilde savait s’organiser. Un repas pour tant de convives ne lui faisait pas peur. Elle entreprit de préparer la mousseline de courgette, puis vint le tour de la tarte au citron.
Elle avait trouvé un jour cette recette sur Internet, pas de beurre, juste du citron, du sucre et des œufs. Mathilde confectionnait ses pâtes à tarte avec de la crème de noisettes, cela lui donnait un petit goût subtil. Il fallait être prêt pour midi, le temps allait filer ensuite et seize heures sonneraient bien vite. Oscar devait cacher les barricades qu’il avait installées près du patio. Quelques mois auparavant ils avaient décidés d’agrandir la maison, une ou deux pièces de plus allaient vite devenir indispensables. L’entrepreneur avait donc sécurisé le lieu afin qu’aucun enfant ne se blesse.

Les premiers invités arrivèrent vers onze heure trente, tout était en ordre. On flâna dans le jardin et à midi l’apéritif fut servi sous le patio. On parla fort, on rit, le vin coula sans excès toutefois.

23 juin 2008

Les nocturnions, Peuple de la nuit 3

Quand elle revint, il avait fini son petit-déjeuner. Il était temps de se mettre devant les fourneaux et de confectionner le repas du midi. Elle avait prévu une mousseline de courgette avec des copeaux de parmesan et une sauce basilic, venait ensuite le poisson, des filets de rascasse accompagnés de légumes printaniers, le dessert ne pourrait être autre que sa fameuse tarte au citron. Leurs amis appréciaient cette manière qu’ils avaient de recevoir. Les repas que Mathilde préparait alliaient toujours finesse et diététique. La plupart des aliments provenaient de son jardin. Le vin, c’était Oscar qui le choisissait ; sa cave, il l’avait enrichie au fils des ans. Il savait marier les mets de sa femme aux vins raffinés.
Mathilde avait fait un détour par le potager afin d’y ramasser courgettes, pois gourmands et carottes. Le basilic poussait dans un pot décoré par sa filleule. Elle l’avait posé sur le rebord de la fenêtre. Il lui suffisait de l’ouvrir pour en cueillir quelques feuilles.
Chaque année Mathilde voyait avec bonheur arriver les premiers rayons de soleil qui réchauffaient la terre. Elle préparait alors les premières graines à planter, un peu de mesclun, quelques pieds de petits pois, le persil et les carottes. C’était une lutte sur elle-même, elle aurait aimé planter les tomates, les courgettes, mais tant que le temps des gelées n’était pas passé, elle savait le risque qu’elle faisait prendre aux jeunes pousses. Un jour, afin de mettre fin à ses dilemmes, Oscar lui avait confectionné une petite serre au fond du jardin, ainsi elle pouvait planter un peu plus tôt ses graines de courgette, celle que sa maman lui envoyait tous les ans. Francine allait en Italie les chercher, elle savait le plaisir ressenti par sa fille lorsqu’elle ouvrait l’enveloppe. Francine, elle-même mère de six enfants rêvait secrètement que sa plus grande fille lui offre enfin le bonheur d’être grand-mère. Parfois le regard plongé dans les pensées, elle entendait un enfant l’appeler Mamilou, surnom qu’elle trouvait si doux.

20 juin 2008

Les nocturnions, Peuple de la nuit 2

Mais ce matin, Mathilde était déjà dans la cuisine, anxieuse et heureuse.
Elle devait confectionner le repas pour leurs hôtes. Ils avaient longuement discuté afin d’établir la liste des invités. Bien qu’ils sussent que le jardin s’emplirait de joyeux enfants dès le milieu de l’après-midi, ils souhaitaient passer un moment privilégié avec leurs amis afin de savourer ensemble ce bonheur.
Elle but son café puis partit sur la plage. Elle avait besoin de ce moment de calme, seule face à l’immense étendue d’eau. La douceur de ce matin de printemps lui permit d’ôter quelques vêtements. Elle s’allongea et posa délicatement sur son corps quelques galets, jouant ainsi à se transformer en tableau. Elle sentit le calme revenir, sa respiration devint plus paisible. Mathilde avait un surprenant rapport à la nature, elle flânait souvent suivant les chemins sans but précis. Ses mains aimaient à toucher toutes sortes de matériaux. De ses promenades, elle ramenait toujours, dans son sac, quelques objets glanés de-ci de-là. Sa maison était emplie d’œuvres d’art qu’elle avait fabriquées avec la nature, thème récurant dans toutes ses œuvres. Elle semblait entrer en communion avec tous ce qu’elle touchait. Il pouvait lui arriver de se lover dans la cavité d’un tronc d’arbre ou d’une pierre creuse, de se confectionner un cocon dans le sable. Elle parlait aux arbres, caressait leur écorce, regardait émerveillée le vol d’un tourtereau.

17 juin 2008

Les nocturnions, Peuple de la nuit

Un concours de nouvelle, une contrainte pour écrire et me revoilà tapotant sur les touches de mon ordi...
Dix mots doivent apparaître dans le texte, dix mots tout droit issus de mai 68.
Peuple, police, plage, lutte, chienlit, barricades, pavé, veaux, ordre, interdit.
Belle lecture

Les nocturnions, Peuple de la nuit


Le soleil pointait sur le flanc de la colline. Ils avaient dormi la fenêtre entrouverte comme bien des nuits où la lumière de la pleine lune venait se réfléchir dans le miroir pour inonder la chevelure de Mathilde d’une lueur rousse. Oscar aurait pu passer des nuits à les couver des yeux. Un jeune couple de pigeons roucoulait sous la glycine en fleur, tirant doucement le couple du sommeil. De la cuisine exaltait le délicieux arôme du café qui venait parfaire le réveil du jeune couple. Cette journée, elle se devait d’être mémorable, deux ans qu’ils attendaient ce moment, deux ans qu’ils y pensaient. Oscar ne voulait pourtant pas se lever trop vite. Il aimait prendre son temps, lire paisiblement sous la couette. Voilà plusieurs jours que Zola l’accompagnait dans ses brins d’évasion avec l’assommoir. La veille il avait fini le 13e chapitre. La lecture était une de ses passions, il s’évadait, prenait du temps pour lui, rêvait, mais c’était aussi un plaisir qu’il partageait avec Mathilde. Il lui avait lu le passage où Coupeau se transformait en un vrai chienlit de la Courtille, avec sa blouse en lambeaux et ses membres qui battaient l'air et ensemble ils avaient imaginé cet homme dans sa cellule. Mathilde avait pris alors son fusain et crayonné une esquisse de Coupeau.

08 juin 2008

Le Mendiant

Un poème, cela se donne, cela se partage, j'aime en recevoir,
Merci à Laïla de nous le faire partager


Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
É talé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.

Victor Hugo, Les Contemplations (1856)

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