12 mars 2009

Les difficultés de la conversation



Mon ami mon étrange ami

avec
les yeux bus
par le trou bleu
de l’écran

les oreilles gorgées de mots
de mots gorgés de sons

mon ami mon étrange ami

avec
ta bouche qui parle
parle parle parle
à ta main

et ta tête perdue
au fond de la capuche
comme une pomme cachée
dans la poche

mon ami mon étrange ami

comment
dis-moi
comment te dire
que excuse-moi
tu t’es assis
excuse-moi
sur mes lunettes

 

JEAN-PIERRE SIMEON

10 mars 2009

La nuit


   

 

 

 

La nuit
On ne peut pas
Voir la nuit
Parce qu'il fait nuit

Paul Vincensini


Oeuvre poétique, L'arbre à Paroles, 2003
cité dans En rires, poèmes d'humour pour en voir de toutes les couleurs, Seghers 2009

09 mars 2009

Rire

 


en rires.jpg

(photo : la glaneuse)

 

 

Rire

Je ris
Je ris
Tu ris
Nous rions 
Plus rien ne compte
Sauf ce rire que nous aimons 
Il faut savoir être bête et content

Blaise Cendars
Feuilles de route
, Gallimard, 1924

08 mars 2009

La poésie est une maladie.


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La poésie est une maladie.
Une maladie non orpheline puisqu’elle est fille du langage et de l’émotion.
Comme la frénésie, elle se traduit par une exaltation qui met parfois hors de soi,
comme l’hérésie elle heurte la raison,
comme l’énurésie elle peut-être inconsciente, et laisser des traces sur le papier,
comme la pleurésie, elle enflamme le thorax,
comme le kinési, elle est mouvement, chaleur, froid, elle sollicite les muscles, les tendons, et comme le revenez-y, elle ne vous lâche pas comme ça !
L’individu atteint de poésie, appelé poète pour qu’on ne l’écrase pas à un carrefour, a des troubles de la vision et de la perception, il lui arrive de voir à la place d’une table un bout de mer, un miroir, la tristesse ou même une enclume. Pour le poète, les voyelles ont des couleurs, et le ciel pèse comme un couvercle. Selon qu’il s’appelle Guillaume Apollinaire ou Allain Leprest (avec deux ailes) le poète voit passer sous le Pont Mirabeau nos amours ou des hydrocarbures.

Le poète a fait des études jusqu’à la licence, dite poétique, mais il n’a pas de travail pour autant. Pour subsister il fait la manche, ou l’océan, ou le ruisseau. Il se nourrit à la source et malgré ses dents de lait et ses griffes en coton, mord à même le monde.

Les poètes les plus atteints sont enfermés dans des sortes de prisons dorées qu’on nomme anthologies, mais qui ne sont pas toutes l’œuvre de Georges Pompidou. La promiscuité y est douteuse et le sale type qui monte la garde s’appelle Michard.

La poésie est une maladie incurable. Mais c’est une des rares maladies qui se prolonge après la mort. C’est d’ailleurs souvent après la mort qu’elle devient contagieuse. Et c’est grâce à cette hypothétique promesse de contagion, que beaucoup de gens tristement sains fréquentent les poètes morts, dans l’espoir secret d’attraper leur maladie…


Vincent Roca

10 mars 2008

L'autre

   
         
       

 
À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

 

Andrée Chedid