08 juin 2008

Le Mendiant

Un poème, cela se donne, cela se partage, j'aime en recevoir, Merci à Laïla de nous le faire partager Un pauvre homme passait dans le givre et le vent. Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile. Les ânes revenaient du marché de la ville, Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. C'était le vieux qui vit dans une niche au bas De la montée, et rêve, attendant, solitaire, Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu. Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu. Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. » Et je lui fis donner une jatte de lait. Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait, Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre. « Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre, Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu. Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu, É talé largement sur la chaude fournaise, Piqué de mille trous par la lueur de braise, Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé. Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières, Je songeais que cet homme était plein de prières, Et je regardais, sourd à ce que nous disions, Sa bure où je voyais des constellations. Victor Hugo, Les Contemplations (1856)

28 février 2008

Tout aimer

 

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Aimer tout aimer
Même le froid et ses morsures
même l'heure qui sépare
et les déserts du chagrin

Aimer l'arbre fendu
la fontaine sans eau
et le visage blessé
où ne vont plus les songes

Aimer les mains qu'on n'a plus
et la caresse abandonnée
et la saison obscure
que n'éveille plus l'oiseau

Croyez-moi
je sais de quoi je parle
j'ai le coeur léger comme vous
il faut aimer à en brûler
même l'instant sans joie
qui serre le coeur
qui serre le coeur

Jean-Pierre Siméon, in La nuit respire